Un dressing optimisé

Dressing optimisé

Sur Instagram, j’avais publié des photos de mon dressing fraîchement trié / rangé pour la nouvelle saison… et j’avais été (agréablement) surprise du nombre de réactions enthousiastes pour parler de vêtements et optimisation de garde-robe.

Je n’avais jamais abordé le sujet jusque là, convaincue de ne pas être « légitime » (ces barrières que l’on s’impose) et un peu frileuse d’aborder ce genre de sujet jugé futile. Avec du recul, c’est beaucoup plus profond, et révélateur du rapport à soi, et j’adore lire, réfléchir et évoluer sur le sujet (même si je sais que ça n’intéressera pas tout le monde).

En philosophie, la « sprezzatura » est une forme de désinvolture, la faculté de donner une apparence de facilité, d’aisance et de naturel. C’est vraiment le « je-ne-sais-quoi », ce qui communique en fait une cohérence entre sa vie intérieure et ce que l’on renvoie. Réussir à atteindre ce « je-ne-sais-quoi » est loin d’être futile ! C’est le fruit d’une introspection, d’un cheminement en soi.*

Alors comment on en vient à un dressing minimaliste, où l’on porte (presque) toutes les pièces jusqu’à l’usure et qui permet de s’habiller avec plaisir chaque matin ?

Je crois que cela passe par 3 étapes essentielles :

  • apprendre à se connaître, oublier l’image fantasmée de soi
  • planifier, anticiper, visualiser
  • gérer et éditer régulièrement

La première chose, et la plus importante, c’est de faire une introspection honnête et réaliste sur qui on est, l’image que l’on veut renvoyer aux autres, ce dans quoi on se sent bien et soi-même. Et faire une croix sur le reste, sur cette image fantasmée qui nous éloigne de l’essentiel. Les tentations sont grandes, on est dans l’ère de l’image, où l’on croise sans arrêt sur Instagram ou autres des silhouettes savamment étudiées ou nonchalamment cool, des looks qui nous font nous sentir mal fagotées, ou dépassées, ou trop basiques, pas assez « stylée ». Mais qu’est-ce que le style si ce n’est justement cette capacité singulière et personnelle de s’approprier une tenue, pour exprimer simplement qui on est et ce que l’on aime ?

Le vestiaire est la jonction entre l’intimité et les autres. Le vêtement donne une perspective. Choisir ses vêtements est plus que jamais une manière de dire ou se dire « voilà ce que je veux transmettre aujourd’hui ». *

Concrètement, ça passe par un bilan de notre rapport à l’habit : qu’est-ce qu’on aime porter ? Dans quelles tenues on se sent le plus à l’aise, en confiance ? Vers quoi se tourne t-on instinctivement ? Qu’est-ce qui convient le mieux à notre morphologie ? Quels sont les volumes, coupes, assemblages, teintes qui nous correspondent vraiment ? 

Vous pouvez vous aider de photos de vous qui permettent souvent d’avoir un regard plus objectif, de souvenirs d’événements où vous vous êtes sentie particulièrement à votre avantage, de compliments qu’on a pu vous faire sur votre allure ou une pièce en particulier.

Cette analyse est très importante au moment où l’on veut optimiser son rapport à sa garde-robe, avant de réaliser un grand tri, mais aussi de manière continue. Car cette relation au vêtement et au style n’est certainement pas figée, elle évolue avec nous, notre mode et lieu de vie, notre carrière, notre silhouette, nos fréquentations, nos valeurs, nos centres d’intérêt, notre situation familiale, etc.

Le mot « Habit » vient du latin habitus, habere qui veut dire se comporter. Passionnant, non ? On habite les vêtements avec notre corps et notre âme.*

Ah et j’oubliais… ce petit bilan doit s’accompagner d’une vision réaliste de votre « semaine type » et des événements récurrents dans votre vie. Ça ne sert à rien d’avoir dix tenues habillées pour le soir si en réalité vous faites à peine une soirée par mois. Si vous travaillez beaucoup de chez vous, privilégiez les tenues confortables aux ensembles très corporate. Si vous adorez faire des balades familiales en forêt le week-end, investissez dans de belles pièces adaptées et confortables.

En bref, construisez une garde-robe qui s’adapte à votre vie quotidienne

L’autre élément indispensable pour un dressing optimisé, c’est de le réfléchir et le planifier. Certain(e)s diront que c’est une perte de temps d’accorder de l’espace mental à ce genre de futilité, je dirais que c’est pour moi ce qui a réellement tout changé (et pourtant je suis clairement loin d’être la reine pour ce genre de truc !) #teamfreestyle

Et l’outil indispensable qui rend la tâche simple, agréable et visuelle… c’est Pinterest bien-sûr ! Je ne pourrais plus m’en passer. 

Comment je procède ? Je me crée pour chaque saison (en regroupant Autome-Hiver et Printemps-Été) un tableau (en privé) des silhouettes qui me plaisent et correspondent à ce que j’ai envie de porter (je l’implémente régulièrement et en avance, au gré de mes flâneries sur internet). Cela me permet de trouver de nouvelles associations et déclinaisons pour ce que je possède déjà, et d’imaginer de futures tenues. Ça doit faire 4-5 ans que je procède comme ça, c’est un outil magique pour affiner ses goûts et travailler sa créativité en matière d’habillement. Comme je commence à bien me connaître, les épingles de mon tableau créent rapidement une unité, et je vois facilement les pièces manquantes qui viendraient avantageusement compléter ma collection. Je crée donc un sous-tableau avec une wishlist de pièces repérées sur les e-shops. Il faut savoir que j’achète essentiellement en ligne, faire les boutiques est devenu un passe-temps dont je me passe volontiers !

L’organisation de mon tableau d’inspiration pour le Printemps / Été 2020

J’ai donc une liste toute prête pour la saison à venir, que j’aime bien laisser infuser plusieurs semaines avant de passer à l’achat. Laisser le désir monter, et lui faire passer l’épreuve du temps pour m’assurer que c’est une vrai envie (je n’ose pas utiliser le terme besoin, on n’est pas sur le même niveau de la pyramide de Maslow !) et non une lubie passagère provoquée par la silhouette fantasmée d’une influenceuse.

J’ai délaissé petit à petit les enseignes de fast fashion (même si j’achète encore quelques jeans chez Zara et Mango car les coupes me conviennent bien), je préfère acheter moins mais mieux (beaucoup de Sézane j’avoue), et j’ai de plus en plus le réflexe de me tourner vers l’occasion (Vinted est mon ami, même si nos relations sont fluctuantes !). 

L’essayage est une étape importante… toujours tester un vêtement chez soi, en association avec d’autres pièces de sa garde-robe, en prenant son temps et éventuellement des photos pour voir le rendu. Je partage à 100% l’adage de Balibulle qui aime répéter « l’achat ne se fait pas au moment où vous payez le vêtement, mais au moment où vous décidez de le garder ». 

Une astuce trouvée dans le livre de Charlotte Moreau « Le Dressing Code » et qui me plaît beaucoup : se créer un noyau dur de 7 silhouettes (une pour chaque jour de la semaine) en début de saison. Vous pouvez les noter dans un carnet, ou alors prendre des photos soit portées soit à plat du type flat lay. Elles permettent d’avoir une base pour les matins où on manque d’idées et sont le point de départ d’une multitude de déclinaisons. Perso je prends des photos en pied dans un miroir, et je les ajoute dans un sous-tableau Pinterest, histoire d’avoir tout en visuel au même endroit. 

Enfin, pour continuer à avoir un dressing qui fonctionne bien et qui nous plaît, il faut régulièrement le remettre en question et « l’éditer ». Ça demande un peu de gestion, et d’avoir un rapport pas trop affectif à ses vêtements. Cette robe cochait pourtant toutes les cases, vous la trouvez superbe mais ne la portez jamais… Pourquoi ? Est-ce un problème de coupe, de longueur, de couleur, d’accessoires ? Est-ce qu’un petit passage chez le couturier pourrait régler le problème ? Si non, donnez la ou revendez la pour financer une autre acquisition qui sera beaucoup mieux rentabilisée. 

Pour ma part je fais cela à chaque fin et début de saison. Quand je procède au switch de garde-robe (je n’ai pas assez de place pour tout garder en visuel, je mets dans des boîtes de rangement ce que je ne vais pas porter dans les mois à venir). À ce moment j’enlève ce qui est usé, abîmé, tâché, ce qui est trop resté sur son cintre, ce dont je me suis lassé et que je n’ai plus envie de porter. 

Alors oui ça demande du temps et de l’énergie de trier, donner, revendre, repriser, planifier, acheter, renvoyer… mais quelle satisfaction d’avoir une capsule wardrobe qualitative, totalement adaptée à nos envies et qui nous correspond parfaitement. Des pièces qu’on a choisi avec soin, qu’on prend plaisir à entretenir et qui s’assemblent entre elles en quelques secondes le matin. 

Et puis ça permet surtout d’acheter moins (mais mieux), c’est bénéfique à tous les niveaux : )

Et vous, quel est votre rapport à votre garde-robe et aux vêtements en général ? Je sais que la relation peut-être réellement conflictuelle, voire difficile car il est avant tout question d’image de soi, d’acceptation et de rapport à l’autre.

Si vous le souhaitez, j’aborderai la question du tri dans un prochain article. Je vous propose les lectures suivantes pour aller plus loin :

« Le Dressing Code » de Charlotte Moreau

« The Curated Closet » de Anuschka Rees (en anglais)

Le blog Le dressing idéal de Anne Montecer

* Citations : Marie Robert, dans une interview publiée sur My Vestiaire

2 Comments

    • Merci beaucoup pour ton message Mélanie 🙂
      Si tu es quelqu’un de visuel, ça va beaucoup t’aider à trouver des idées, mieux voir ce dont tu as besoin et avoir une gestion plus rationnalisée de ta garde-robe. Tu me diras si ça fonctionne pour toi 😉

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